Un programme pluriannuel d'éducation au développement : " Le Droit, une valeur d'échanges et de solidarités Nord-Sud "


AFRIQUE; AMERIQUE LATINE; ASIE; EUROPE

DROIT; DEVELOPPEMENT AUTOCENTRE; RELATION NORD SUD; CONFERENCE; VIDEO

Publics : LYCEE; ETUDIANT; ENSEIGNANT; PROFESSIONNEL; ASSOCIATION

Campagnes :
RECUEIL n°10

A) Un programme d'EAD autour de la thématique du droit...

Le programme d'éducation au développement qui a fait l'objet de l'évaluation, s'intitule " Le Droit, une valeur d'échanges et de solidarités Nord-Sud ". Il a été initialement conçu pour une durée de trois ans (2000-2003) et est mené en partenariat avec deux associations françaises (RASSADJ Nord Pas de Calais & ECLORE). Quelques partenaires des Suds ont été directement impliqués dans la réalisation de ce programme, notamment dans l'élaboration des outils de sensibilisation (documentaire vidéo réalisé à partir des images qu'ils avaient filmées ; brochures conçues à partir de leurs expériences) qui avaient vocation à être également utilisés par ces derniers, dans les actions de sensibilisation qu'ils mènent. Ils ont également été invités à participer à trois forums de trois jours chacun, pour pouvoir directement témoigner de leur expérience auprès de publics français.

La vocation de ce programme était de faire connaître et de valoriser un ensemble de pratiques populaires de droit d'Afrique, d'Amérique Latine, d'Asie et d'Europe : des mouvements collectifs d'utilisation et de revendication de droit(s), des mode de résolution extra-judiciaires et pacifiques des conflits de proximité, des actions para juridiques de sensibilisation et de formation au droit... Le programme poursuivait un objectif triple :

- Déclencher une prise de conscience sur le rôle que le droit peut effectivement jouer aux Suds comme aux Nords, dans les processus d'autonomisation et de développement des personnes.

- Révéler la similarité des enjeux existants entre les populations des Nords et des Suds autour d'un usage quotidien du droit, appréhendé comme outil d'autonomie et de développement.

- Favoriser un changement d'attitude de l'ensemble des groupes cibles par rapport au droit.

Ce programme ciblait les élèves de lycée, les étudiants, les travailleurs sociaux, les chercheurs et les publics en relation avec les associations d'éducation populaire. Une cinquantaine d'activités ont été réalisées pendant ces trois années, sous diverses formes : conférences-débats, ateliers, forums publics, projections vidéo. Elles ont permis de toucher directement près de 1600 personnes auxquelles s'ajoutent celles touchées de manière indirecte, via les émissions de radio, articles de presse...

B) ... dont on mesure l'impact sur plusieurs années

L'objectif était d'évaluer dans quelle mesure les animations menées dans le cadre du programme " Le droit, une valeur d'échanges et de solidarités Nord-Sud " avaient pu contribuer à développer la réflexion sur une nécessaire appropriation du droit par les populations et induire un changement de comportement des publics visés dans leur propre rapport au droit, que ce soit au niveau professionnel ou personnel.

L'évaluation menée visait ainsi à tirer les enseignements des actions passées pour la mise en ouvre éventuelle d'autres programmes similaires par la suite (nécessité d'adapter la démarche pédagogique, de faire évoluer les outils, de changer ou d'élargir les publics cibles)...

L'évaluation globale de ce programme d'éducation au développement a été effectuée au début de l'année 2004 au niveau interne, principalement par Juristes-Solidarités, en relation avec les partenaires du programme. Elle s'est appuyée sur une série de documents rédigés tout au long du programme, notamment les évaluations réalisées après chaque activité.

L'évaluation globale du programme a nécessité en elle-même 3 mois de travail (préparation des questionnaires d'évaluation, contact avec les anciens participants aux activités, synthèse des questionnaires et rédaction du document de bilan).

C) Démarche pédagogique et diversité des outils d'évaluation

Il est important de recueillir des éléments d'évaluation tout au long du déroulement d'un programme d'éducation au développement pour pouvoir réaliser une évaluation globale à la fin.

1. Evaluation des ateliers

Pour les ateliers, une évaluation " à chaud " était systématiquement réalisée avec les participants, par oral ou écrit, sur la base d'un questionnaire d'auto-évaluation La définition des critères d'évaluation, donnant lieu à l'élaboration des questionnaires, s'est révélée être un travail particulièrement complexe (il est particulièrement difficile de définir des critères d'évaluation objectifs et certains restent donc à l'appréciation de l'animateur) mais indispensable à effectuer avant même le démarrage du programme.. Parmi les questions qui leur étaient le plus souvent posées :

- L'intervention/ l'animation a-t-elle permis d'enrichir votre réflexion sur la thématique " droit, outil d'autonomie et de développement " et sur quels aspects plus particulièrement ?

- La méthode et les outils d'animation vous ont-ils semblés pertinents ?

- Avez-vous l'intention d'aborder ce sujet avec les publics auprès desquels vous travaillez ? etc.

Par ailleurs, l'animateur remplissait de son côté une fiche de suivi de l'activité avec les éléments d'évaluation suivants : implication des participants dans la préparation de l'activité ; nombre de participants possibles ou attendus ; nombre réel de participants ; nombre d'interventions des participants durant l'activité ; valeur des interventions des participants au sens de la compréhension des messages véhiculés ; formulation de perspectives de travail ou d'actions à l'issue de l'activité, etc.

Pour les autres activités (débats, projections vidé...), seul l'animateur remplissait une fiche de suivi de l'activité.

D'autres indicateurs ont également été utilisés : par exemple le nombre de mémoires intégrant la thématique, rédigés par des étudiants ayant fait l'objet d'une sensibilisation (les ateliers étaient souvent organisés dans le cadre de leurs cours et certains étudiants ont développé de façon plus ou moins approfondie la thématique dans leur mémoire de fin d'année).

2. Evaluation du programme

Pour effectuer l'évaluation globale du programme au bout de trois années, un rapide questionnaire a été envoyé (généralement par mail) à un échantillon de participants à l'une ou l'autre des activités organisées dans le cadre du programme (10 pour centdes personnes environ). Un quart des personnes sondées (soit un peu plus de 40 personnes) a retourné le questionnaire, complété avec plus ou moins d'informations exploitables.



Parmi les questions abordées dans le questionnaire :

- Avez-vous découvert la thématique " droit, outil d'autonomie et de développement / droit valeur d'échanges et de solidarités Nord-Sud " ou y étiez-vous déjà sensibilisé auparavant ?

- Dans le cas où vous y étiez déjà sensibilisé, l'intervention/l'animation vous a-t-elle apporté d'autres éléments de réflexion ?

- Les outils diffusés (brochures, synthèses documentaires, éventuellement vidéo ou exposition) vous ont-ils semblés pertinents pour alimenter la réflexion sur la thématique ?

- L'animation effectuée a-t-elle eu un impact quelconque (si oui lequel) sur : votre pratique professionnelle, votre pratique militante, votre perception du droit, votre propre rapport au droit... ?

Les partenaires des Suds ont également été sondés pour connaître leur avis sur la pertinence des outils de sensibilisation élaborés et leur utilisation effective dans les animations qu'ils mènent localement. Cette technique de sondage a posteriori des publics ayant participé à l'une ou l'autre des actions, a nécessité un temps de travail assez conséquent mais a permis d'apporter des éléments nouveaux par rapport aux évaluations réalisées à la suite des animations.

D) Un programme qui continue, un impact difficile à mesurer

Les objectifs de l'évaluation ont été en partie atteints. Celle-ci a en effet permis de prendre la décision de reconduire ce programme en réalisant quelques ajustements au niveau de la démarche pédagogique et des publics cibles. Elle a notamment souligné la difficulté d'aborder une thématique comme celle-ci avec des élèves de lycées et la nécessité de recentrer les actions sur des publics moins touchés par des actions d'éducation au développement comme les travailleurs sociaux. Le bilan effectué a permis de révéler que la plupart des participants ont découvert la thématique lors de l'activité et ont généralement adhéré aux messages diffusés. L'impact réel du programme reste cependant difficile à évaluer.

Juristes-Solidarités souhaitait notamment savoir si les animations effectuées avaient eu une influence sur le rapport au droit, des participants (si les travailleurs sociaux cherchaient davantage à créer les conditions pour que les usagers puissent s'approprier leurs droits, si les étudiants seraient plus soucieux d'intégrer les questions de droit dans les projets de développement qu'ils seraient amenés à porter dans leur future pratique professionnelle, etc). Plus de la moitié des personnes interrogées au bout des trois années répondent que l'intervention a eu une influence sur leur pratique professionnelle ou militante, mais elles ne sont pas en mesure de préciser très concrètement quelle a été cette influence :

" Aujourd'hui, j'ai plus à l'esprit de travailler à une prise d'autonomie du public reçu par rapport au droit ". - Employé de mission locale.

" Cela me donne envie d'aborder ce thème en Assemblée plénière sur le Vaucluse, auprès du public que nous touchons. " - Membre d'une association d'éducation populaire.

DELACOUR, Céline
JURISTES-SOLIDARITES
2006/03
Espace Comme vous Emoi , 5 rue de la Révolution, 93 100 Montreuil, FRANCE. Tél. 01 48 51 39 91; jur-sol@globenet.org; www.agirledroit.org


Notes :
RASSADJ : Réseau d'Associations, Syndicats et Structures de travail social pour l'Accès au Droit et à la Justice.
ECLORE : Espace ateliers d'initiatives communautaires de développement.
L'auteur est chargée de coordination de l'association.